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Micmacs à tire-larigot, déjà-vu ?

« Micmacs à tire-larigot » est le dernier film de Jean-Pierre Jeunet, où l’on retrouve en tête d’affiche Dany Boon, aux côtés de visages connus chez Jeunet (Dominique Pinon, André Dussollier), et pour compléter la distribution, Yolande Moreau, Omar Sy… Bref, beaucoup de têtes connues pour un projet de Jeunet, on commence à avoir l’habitude.

Micmacs à tire-larigot raconte l’histoire de Bazil, un garçon qui a quelques soucis avec deux sociétés d’armement de son pays, la France. La première a fabriqué la mine anti-personnel qui a tué son père, la deuxième a fabriqué la balle perdue qui lui traverse le crâne, le laissant en vie, mais sensiblement diminué, avec une balle dans la tête que les chirurgiens ne peuvent retirer.

Un peu perdu à sa sortie de l’hôpital, sans emploi, sans logement, Bazil va se retrouver à la rue et rencontrer un groupe un peu décalé, qui vit de la récup’ d’objets trouvés dans les rues de Paris. Avec eux, il va mettre au point sa revanche contre les marchands d’armes.

On retrouve dans ce film tout ce qui a fait la carrière de Jeunet, à savoir des couleurs vertes/brunes, une beauté des images parfois irréelle, une galerie de personnages décalés, et une atmosphère parfois déstabilisante. Loin de « la Cité des Enfants Perdus » néanmoins, le film est une comédie pur jus, avec un Dany Boon parfaitement à l’aise, et plutôt en retrait. Pas de jeu outrancier, pas de numéro d’acteur, la performance est agréable et le personnage s’intègre finalement très bien au sein du groupe des décalés.

Pourtant, le film n’est pas une complète réussite à mon sens, dans le sens où l’impression de déjà-vu est très forte. On a souvent l’impression de voir un joli patchwork des films précédents de Jeunet, mais avec un manque: une identité propre du film. Le scénario reste assez confus pendant une grande partie du film, le spectateur restant dans le brouillard quant à la finalité du plan envisagé par Bazil. C’est surement là pour Jeunet un moyen d’essayer de surprendre le spectateur constamment, mais le résultat manque de ligne directrice. On peut ajouter à cela la répétition un peu trop prononcée à mon goût de certains gimmicks (les mouvements de la contorsionniste, les expressions idiomatiques d’Omar Sy), qui sont amusants et définissent bien les personnages, mais semblent surtout meubler certains moments avec des mécanismes comiques qui deviennent moins efficaces à mesure que le film progresse.

Pour terminer sur une note positive, on retrouve l’imagination foisonnante de Jeunet par une multitude de petits détails qui font l’ambiance et le charme de ses films. Des machines de foire plus créatives les unes que les autres, le décalage entre notre bande de récupérateurs et le Paris contemporain, superbement filmé, et le thème de la récupération qui permet de mettre en scène l’imagination débordante de ses personnages.

Tout cela fait de Micmacs à tire-larigot un film sympathique, beau visuellement, mais qui n’atteint pas les sommets d’Amélie Poulain ou de la Cité des Enfants Perdus.

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Mary et Max : un petit bijou

Pour commencer, des petites données contextuelles.

Mary et Max est un film australien de Adam Elliot, notamment connu pour… rien d’autre.

C’est un film d’animation, dont la technique n’est pas sans rappeler les merveilleux Wallace et Gromit. Les voix des personnages ne sont en revanche pas inconnues, puisqu’on retrouve la fine fleur du cinéma australien, à savoir Toni Collette (Muriel, Little Miss Sunshine), Eric Bana (Munich, La Chute du Faucon Noir), mais aussi Philip Seymour Hoffman, auréolé récemment pour sa performance dans Truman Capote (enfin récemment, à mon échelle, pas à celle d’Hollywood).

Mary et Max raconte les échanges épistolaires d’une petite fille australienne, habitant dans une toute petite ville, et d’un homme d’une quarantaine d’années, vivant dans un building de Manhattan, sur une vingtaine d’années.

J’ai parlé de Wallace et Gromit, et il est vrai que certains points communs sont présents: la technique d’abord, mais aussi la loufoquerie. Les personnages sont cartoonesques, leurs maisons de bric et de broc. Mais la comparaison s’arrête là. Car là où Wallace et Gromit se contentent de l’humour pour nous scotcher à l’écran, Mary et Max se paye le luxe d’y ajouter de l’émotion, de la profondeur, et même parfois de la tristesse.

La vie des deux protagonistes ne se déroule pas dans un univers coloré, joyeux. Manhattan est grise, du début à la fin, tandis que l’Australie est marron, couleur qui accompagne Mary tout au long de sa vie. Ils n’ont pas d’aventures extraordinaires et farfelues, ils vivent des vraies vies de personnes normales, ponctuées de difficultés que la vie apporte parfois.

Ce qui change, c’est le regard. Car dans le regard de Max, Manhattan n’est pas grise et triste, elle est surtout difficile à comprendre. Dans le regard de Mary à 8 ans, sa famille ne part pas en lambeaux, ses parents ont simplement des hobbys un peu particuliers. Ce qui unit les deux personnages, c’est leur besoin d’avoir un ami, dont ils sont dépourvus chez eux. On ne peut s’empêcher d’éprouver de la tendresse, à la fois pour cet homme perdu dans la grande ville, et pour cette petite fille qui découvre petit à petit la vie, simplement avec ses yeux d’enfant, sans autre influence extérieure pour la guider.

Mary et Max réussit ainsi à nous faire rire, dans le décalage des points de vue par rapport aux événements extérieurs, à nous toucher, dans la manière dont les deux personnages se serrent les coudes, et deviennent amis à 12000 km de distance, et à nous émouvoir franchement, quand ces héros fragiles se heurtent aux plus dures des épreuves de la vie.

Mary et Max prend un risque: ne pas passer par différents niveaux de lecture pour délivrer son message, un classique des films d’animation, notamment chez Pixar. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça marche. Arriver à faire rire quand on pleure, et à faire pleurer quand on rit, c’est pour moi la marque des chefs d’oeuvre.

Bref, foncez, vous ne le regretterez pas.

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