Archive

Archives d’un auteur

Le délit d’ambiguïté

Après un débat sur l’identité nationale complètement raté, et au nom de la lutte contre le racisme (une lutte tout ce qu’il y a de plus louable), on voit se développer en France une nouvelle forme de délit d’opinion, que j’appellerais délit d’ambiguïté.

Deux « affaires » illustrent cette situation, il s’agit des réactions suscitées par les interventions de MM. Longuet et Zemmour. A propos de la question de la succession à la présidence de la Halde, le premier a déclaré qu’il était d’après lui préférable que soit nommée une personne issue du « corps traditionnel français ». Lors d’une émission de télévision où il faisait la promotion de son dernier livre, le deuxième a parlé des contrôles policiers en ces termes : « Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait. ». On notera au passage la contorsion effectuée par M. Longuet pour évoquer les Français non-issus de l’immigration. Pour ceux-ci, comment les évoquer ? Blancs ? Ce serait oublier les immigrants des précédentes vagues d’immigration venus de Pologne, d’Italie… Français de souche ? Ce serait faire une discrimination inacceptable : tout Français est Français, un point c’est tout. Sauf quand il est issu de l’immigration, ou issu de la diversité. Une difficulté sémantique qui a rendu M. Longuet coupable d’une nouvelle forme de délit : le délit d’ambiguïté.

Au vu des nombreuses réactions qui ont accompagné ces différentes déclarations, on constate qu’au-delà de l’impératif, très encadré par la loi, de ne pas proférer de propos racistes, il devient également interdit de laisser penser que l’on pourrait être raciste. L’illustration en est parfaite dans le cas de M. Zemmour. Quand on réécoute ses propos, deux interprétations sont possibles, considérant qu’il n’existe aucune statistique sur le sujet (pour des raisons légales) en France.

1)      M. Zemmour n’en sait rien, mais étant un raciste qui ne se cache plus, il part du principe que les populations noires et arabes sont par nature plus enclines aux méfaits, et sont donc majoritaires parmi les trafiquants.

2)      Se fondant sur l’idée généralement admise que la pauvreté et des conditions sociales difficiles sont le terreau de la criminalité, et que les populations immigrées font en général face à des conditions plus difficiles que les populations installées depuis plusieurs générations, il conclut à la surreprésentation parmi les trafiquants de noirs et d’arabes.

M. Zemmour a fait la preuve il me semble de sa capacité de raisonnement, et il me semble évident que c’est ce deuxième cheminement qu’il a effectué pour aboutir à la conclusion qu’il a énoncée. Quoi qu’il en soit, personne n’a songé à demander à M. Zemmour d’expliciter sa pensée, de la préciser. Au lieu de cela, de nombreuses voix se sont immédiatement élevées (responsables politiques de gauche comme de droite, associations telles la Licra, le Mrap…) pour demander à faire taire le journaliste.

Si M. Zemmour avait développé sa pensée, l’aurait-on critiqué de la même manière qu’on l’a fait ? Si oui, alors c’est que le débat d’opinions n’est plus autorisé en France, car cette position, en l’absence de données chiffrées, me paraît tout ce qu’il y a de plus défendable. Si non, c’est donc uniquement parce qu’il a laissé planer un doute que l’on se propose aujourd’hui de le faire venir devant un tribunal (action envisagée par la Licra) ou de le licencier (entretien avec la direction du Figaro).

Il a laissé planer une ambiguïté.

M. Longuet a subi la même logique. Lui aussi est victime de la double interprétation possible de ses propos, de manière peut-être encore plus insidieuse. Voici donc les deux possibilités en ce qui le concerne :

1) M. Longuet est un raciste qui souhaite faire de la discrimination à l’encontre des populations d’origine immigrées, et il n’accepte pas que l’un de ses représentants accède à une fonction d’importance.

2) Considérant que certaines nominations de personnes issues de la diversité à des postes d’importance sont souvent interprétées comme des gestes symboliques d’intégration, il signale que dans le cas de la Halde, le symbole serait d’avoir à sa tête quelqu’un qui ne soit pas issu de cette même diversité.

Le malheur de M. Longuet, c’est qu’il n’existe pas d’expression politiquement et socialement correcte pour évoquer un Français non-issu de la diversité (outre l’expression employée ici, « Français non-issu de la diversité », assez paradoxale il faut l’avouer et guère satisfaisante). En faisant cela, on « stigmatise » en effet ces Français qui sont eux issus de l’immigration, qui ne seraient pas de « vrais » Français. Alors en essayant d’évoquer un « corps traditionnel français », il s’est attiré les foudres des mêmes contradicteurs que ceux de M. Zemmour. Lui aussi a omis de préciser dans son discours qu’il envisageait la portée symbolique d’une telle nomination, et qu’il ne s’opposait pas par principe à la nomination d’une personne issue de l’immigration.

Il a laissé planer une ambiguïté.

Pour leurs discours, ces deux personnes ont été immédiatement attaquées, menacées de poursuites judiciaires, et pointées du doigt comme racistes. Pour une ambiguïté qu’un rapide débat aurait permis de lever. Et ce débat aurait pu  permettre du reste d’évoquer des questions de fond qui ne manquent pas d’intérêt. Dans le premier cas, la question des statistiques ethniques. Dans le deuxième, la symbolique contenue dans les nominations de personnes issues ou non de l’immigration. Le plus grave, c’est que cette condamnation pour une ambiguïté ne peut s’expliquer que d’une seule manière : MM. Zemmour et Longuet ont été considérés par défaut comme des racistes. Dans le doute, les propos qu’ils ont tenus devaient donc être racistes. M. Zemmour n’a à ma connaissance jamais été condamné, et dans le cas de M. Longuet, on est allé exhumer sa participation il y a plus de 40 ans à un mouvement d’extrême droite.

C’est symptomatique, comme me le disait un ami, du renversement de la preuve qui s’est opéré. Aujourd’hui, quiconque s’aventure sur le terrain du débat sur l’immigration semble être considéré par défaut comme raciste, jusqu’à preuve du contraire. Chaque propos est ainsi examiné sous cet angle, et chaque ambiguïté est une preuve à charge supplémentaire. La présomption d’innocence est la règle en matière de justice, elle devrait également l’être en matière de débat. Mais en l’occurrence, la condamnation médiatique arrive beaucoup plus vite que la condamnation judiciaire. La liberté d’expression en France n’en sort pas grandie.

MAJ: Comme un bonheur n’arrive jamais seul, le CSA vient de sanctionner Canal + (chaîne sur laquelle les propos de M. Zemmour ont été retransmis) en lui adressant une mise en demeure. Vive la télé, espace de liberté. Suite au prochain épisode.

Publicités
Catégories :Général Étiquettes : , , , , , , ,

UMP et PC Chinois, le lien improbable

7 décembre 2009 Laisser un commentaire

Le 22 octobre 2009, UMP français et PC chinois ont signé un memorandum d’entente. Un terme à peu près aussi vague que son contenu, mais qui ne manque pas de surprendre.

L’information n’a pas suscité énormément d’émoi, principalement parce que ces derniers temps, les medias ne nous laissent plus vraiment le temps de nous émouvoir de quoi que ce soit plus de deux jours. Paradoxalement, c’est au sein même de l’UMP que cette signature a généré le plus de réactions, ce qui prouve que tout esprit n’est pas entièrement mort au sein de cette formation politique. Lionnel Luca, député UMP et président du groupe d’études sur le TIbet à l’Assemblée, n’a pas apprécié et s’est mis en congé des instances de son parti. D’autres voix se sont élevées pour critiquer ce geste politique (M. Plagnol, M. Tian), que Xavier Bertrand a tenté en vain de justifier.

Car si l’on peut comprendre que l’on cherche à se rapprocher de la Chine, pour des raisons géopolitiques évidentes, et malgré les griefs légitimes que le pays des Droits de l’Homme peut avoir envers l’ex-Empire du milieu, on a du mal à voir ce que le Parti Communiste Chinois peut avoir en commun avec l’UMP.

Comment interpréter ce rapprochement, alors ? Une seule possibilité: la volonté de donner à l’UMP un caractère international, à tout prix, donc. M. Bertrand a eu beau nous expliquer avec son plus beau sourire que la Chine était une puissance que l’on ne pouvait se permettre d’ignorer, on y a cru autant que quand les gouvernants chinois, tout sourire aussi, nous promettent de faire des efforts sur les droits de l’Homme. M. Bertrand a essayé de nous convaincre que Chine et Parti Communiste chinois étaient la même chose. On ose pourtant bien espérer que non !

Même si le Parti Communiste Chinois n’a plus guère de communiste que le nom en matière d’économie, cet accord de partenariat ne manquera pas de faire s’interroger les militants et sympathisants de droite. Jusqu’où les dirigeants de l’UMP sont-ils prêts à aller pour exister sur la scène internationale ? Peut-être que la junte birmane est également partante pour organiser des réunions annuelles ? Ou alors des petits-déjeuners d’affaires avec Kim Jong-Il ?

Au nom de la Realpolitik, pourquoi pas, après tout ? En tout cas, ce serait une première mondiale…

Catégories :Droite Étiquettes : , ,

La Justice en France, un sacerdoce

6 décembre 2009 Laisser un commentaire

Parmi toutes les valeurs généralement attribuées à la droite, celle qui vient le plus rapidement à l’esprit est l’obsession de la sécurité, particulièrement en ce moment, à l’approche de nouvelles élections. La police, et l’augmentation des effectifs dans ses rangs, a donc bénéficié des attentions du gouvernement, en particulier depuis que M. Sarkozy est en position de prendre des décisions sur le sujet. On pourrait considérer que police et justice vont main dans la main, et que pour s’assurer que le système de protection des citoyens soit efficace, il faut que les deux bénéficient des moyens adéquats.

D’un autre côté, la justice peut également apparaître comme un cheval de bataille de la gauche. Elle qui est prompte à défendre les petits contre les puissants, et à accuser le système de privilégier les riches face aux pauvres. Thème de campagne de Mme Royal aux dernières présidentielles (« l’Ordre juste »), on pourrait légitimement s’attendre à ce que la gauche favorise l’attribution de moyens à l’institution judiciaire.

On aboutit donc à un paradoxe. La Justice est un domaine cher au cœur des deux principales familles politiques, qui chacune pour ses raisons, est prête à clamer haut et fort qu’une justice forte, indépendante, est seule à même de protéger ses valeurs et le peuple français. Qui plus est, la France est depuis longtemps maintenant un pays de droits, et notamment de droits de l’Homme. Cela devrait suffire à faire de cette institution la cible de toutes les attentions, non ? Et pourtant, l’état de notre justice est l’un des plus déplorables du continent européen.

Le documentaire diffusé récemment sur Canal Plus donnait un chiffre très simple, qui réussit à résumer à lui seul à la fois l’état dramatique de notre justice et son efficacité. La France dépense deux fois moins (par habitant) pour la Justice que l’Allemagne ou l’Angleterre. Qu’est-ce que cela veut dire ? D’abord que le budget alloué à la Justice est indigne d’un pays comme le nôtre. Avoir le 29ème budget européen en matière de Justice, quand on est le pays des droits de l’Homme, a de quoi surprendre. Ce que ça veut dire également, c’est que l’efficacité de notre système est à son paroxysme. Envisagerait-on un autre pays où avec deux fois moins de moyens, on réussirait à éviter l’implosion totale de l’institution ?

L’une des forces de la France, c’est la très grande compétence de ses professionnels, leur productivité, et cela semble également être le cas dans un domaine aussi compliqué que celui de la Justice. Depuis quelques années déjà, les avocats, les magistrats, tous les corps de métier tirent la sonnette d’alarme, et demande que l’on s’occupe un peu d’eux. A son arrivée au pouvoir, M. Sarkozy avait donc l’opportunité de faire du chantier de la Justice une priorité. Donner des moyens à une institution qui, de l’avis de tous, bénéficie à l’ensemble de la population lorsqu’elle fonctionne correctement. M. Sarkozy a-t-il saisi cette opportunité ? Pas du tout.

Dès son arrivée à la Chancellerie, Mme Dati a eu la lourde tâche de faire passer la réforme de la Justice. Comprendre : tirer encore un peu plus sur la corde de l’efficacité, réduire le nombre de tribunaux, dont certains, avec le peu de moyens dont ils disposaient, coûtaient encore trop chers. On en imagine la difficulté. Faire accepter à des professionnels, qui depuis longtemps réclament plus de moyens, que non seulement ils n’en auront pas, mais qu’ils devront encore augmenter leur productivité, la suppression de certains tribunaux se traduisant pour beaucoup par une perte de temps (trajets rallongés, transferts de dossiers) qu’il faut bien rattraper quelque part.

Non content de maintenir la Justice dans un état de besoin permanent (malgré une faible augmentation de budget annuelle), M. Sarkozy a maintenant également envisagé de s’attaquer au symbole, à ce qui devrait rester à la Justice envers et contre tout : son indépendance. La critique de l’indépendance de la Justice, fréquente à gauche, pouvait en effet être battue en brèche par l’existence du juge d’instruction, qui a démontré par le passé que même les puissants n’étaient pas à l’abri. Bien sûr, on pouvait toujours arguer que certains passaient entre les mailles du filet, mais quelques affaires emblématiques (portées par des juges tout aussi emblématiques : Mme Joly, M. Halphen, M. Van Ruymbeke…) ont envoyé un message clair : la Justice s’applique à tous les citoyens, quels qu’ils soient. D’où vient cette volonté de supprimer ce juge ? Très bonne question, dont la réponse n’a pas été d’une clarté absolue. Pour ma part, j’ai cru entendre une fois de plus parler d’efficacité, de simplification. Bref, encore une fois, travailler encore plus (encore mieux ?) avec autant de moyens, pour gagner autant. Ça fait rêver, forcément.

Comme l’a dit le blogueur Eolas, on sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on gagne. Et considérant les dispositions du gouvernement actuel à l’égard de la Justice, on ne peut que s’inquiéter. Comment ne pas y voir une reprise en main, la volonté de restreindre un peu plus la liberté, l’indépendance d’une institution qui pourtant, de l’aveu de tous, ne peut jouer pleinement son rôle que si on lui conserve ce privilège ?

On pourrait en dire également beaucoup sur l’aspect législatif, et sur les contraintes imposées à la Justice par l’intermédiaire des lois votées au Parlement, mais sur ce sujet, Eolas sera beaucoup plus éloquent.

Ce que je peux dire en conclusion, c’est que le pouvoir peut se réjouir de n’avoir pas encore vu sous ses fenêtres un mouvement conjoint de toutes les professions de Justice, mais que ce n’est pas grâce à son action. Ces professions ont deux malheurs : d’abord elles représentent un nombre relativement restreint de professionnels (et pour cause !), deuxièmement elles représentent un monde à part, de professionnels qu’on suppose le plus souvent privilégiés (même si une bonne partie des avocats travaillent au SMIC), et qui ne bénéficient dès lors pas de la solidarité des syndicats, prompts à défendre les cheminots et autres classes « ouvrières ».

Néanmoins, il me semble que pour que la France puisse continuer à s’appeler le pays des droits de l’Homme, il serait temps qu’on donne à la justice les véritables moyens de les défendre. Pour ma part, je ne pourrai soutenir en 2012 qu’un candidat qui en fera une véritable priorité. Tâchons de transformer un motif d’embarras en motif de fierté !

Catégories :Droite, Gauche Étiquettes : , ,

Pour une défense de l’équipe de France

20 novembre 2009 3 commentaires

Le 18 Novembre dernier, la France a rencontré l’Irlande en match de barrage retour des éliminatoires de la Coupe du Monde 2010 de football (oui, je sais, c’est très long comme intitulé). A l’issue du match, elle s’est qualifiée grâce à un match nul 1-1, après sa victoire à Dublin. Ce match a été entaché d’une erreur d’arbitrage grossière de la part de l’arbitre suédois de la rencontre, qui valide un but consécutif à une main de Thierry Henry. Faut-il vouer les joueurs français aux gémonies pour autant ? Certainement pas.

La France est un pays où la critique est très présente. Nous avons la réputation d’être des râleurs, et celle-ci n’est peut-être pas usurpée. Je mettrais ça pour ma part sur le compte du perfectionnisme, et de la haute idée que la majorité des Français (à raison) ont de leur pays. Une fois encore, la critique vient de ce que la « France ne saurait se qualifier sur une injustice aussi flagrante ». Peu importe donc que des dizaines de nations aient bénéficié dans le passé des mêmes erreurs, la France ne s’abaissera pas à ce niveau. Oui, mais…

J’ai le sentiment que l’équipe de France de Raymond Domenech n’avait droit ce soir-là qu’à un seul résultat: la qualification avec panache. La défaite n’aurait surpris personne, et même en aurait contenté plus d’un, qui attendent désespérément l’éviction de M. Domenech. Ils ont leurs raisons, je ne m’étendrai pas là-dessus. Mais si l’Irlande avait bénéficié d’une erreur d’arbitrage équivalente, qu’aurait-on entendu ? Qu’un match ne se joue pas sur une action, et que l’équipe de France aurait dû se mettre à l’abri de ce genre d’erreur en allant chercher une victoire nette par plusieurs buts d’écart. Et que donc, c’était à nouveau la faute du sélectionneur. Ce que je fais est à peine hypothétique, ce genre de situation se retrouve régulièrement dans tous les championnats européens, et parfois dans des matchs internationaux. La réaction est toujours la même: l’arbitre est humain, il peut faire des erreurs, il suffit de rendre la victoire incontestable pour s’en affranchir.

Point de cela pour l’équipe de France. Au contraire, aucun pardon, aucune absolution n’est envisagée. D’aucuns ont « honte de leur pays », utilisant le terme de honte avec une certaine légèreté, et opérant au passage un glissement rapide entre l’équipe de France et leur pays tout entier. M. Attali (sommité du commentaire footballistique comme chacun sait) va jusqu’à proposer la radiation de Thierry Henry de l’équipe de France. M. Henry qui est l’un des plus grands attaquants que la France ait connu. Lui seul n’aurait pas droit à l’erreur, toute sa carrière serait oblitérée par ce mauvais geste d’un soir ? Ce qu’on peut constater surtout, c’est que le football est créateur d’émotions, et ça c’est une bonne nouvelle, car c’est l’une des vertus du sport aujourd’hui. C’est pourquoi je considérerai avec indulgence les réactions épidermiques que beaucoup ont pu avoir.

Mais si l’on essaye d’être objectif, je trouve que la France, sans avoir été brillante, mérite tout autant que l’Irlande sa qualification. On nous vante l’héroisme, le jeu exceptionnel des Irlandais. La stratégie irlandaise était claire: marquer un but, puis tenir le coup jusqu’au tirs aux buts. C’était une stratégie dangereuse, car chacun sait qu’une équipe qui ne fait que défendre se met en danger. Pourtant c’est vrai, la défense irlandaise a été irréprochable: 8 joueurs parfaitement en place, et hyper concentrés. La stratégie aurait même pu fonctionner grâce à quelques contre-attaques sans les interventions inspirées d’Hugo Lloris – je rappelle au passage que le gardien fait partie de l’équipe, ce n’est pas un élément extérieur. Un bon  gardien peut retourner le cours d’un match, et c’est ce qu’a fait Lloris le 18 au soir. Qu’il en soit éternellement  remercié – Toujours est-il que les Irlandais n’ont pas marqué ce deuxième but qui les aurait directement qualifiés.

Dernier point, révélateur pour moi de l’échec de la stratégie irlandaise. La première période des prolongations a été à sens unique, en faveur de la France. Un penalty pour moi non sifflé sur Anelka (cf la main droite de Given sur les ralentis, qui va volontairement attraper la jambe du Français lorsqu’il voit qu’il est dépassé), un but refusé pour un hors-jeu justifié, qui démontrent que l’équipe d’Irlande était cuite, crevée, et subissait les assauts répétés des Français. Leur stratégie risquée n’a pas porté ses fruits.

Comme tout le monde, je regrette que la France l’emporte ainsi. J’aurais préféré un but dans le jeu, indiscutable, ou que Lloris parachève son œuvre aux tirs aux buts. Mais je n’insulterai pas l’équipe nationale ni ne demanderai la démission de personne. Je mettrai ce match dans les cartons pour une prochaine plaidoirie en faveur de l’arbitrage vidéo, c’est tout.

Bonne chance à la France pour le prochain mondial. Il y a du boulot pour être au niveau des équipes qui nous attendent. Mais lorsque l’on soutient une équipe, c’est surtout pour l’aider à passer des caps difficiles, comme aujourd’hui. C’est maintenant qu’il faut soutenir les joueurs, leur dire que l’on croit en eux. Un supporter est là pour améliorer le moral des joueurs, pas les descendre. En 2006, personne ne nous voyait en finale, et pourtant…

PS: A tous ceux qui louent l’héroisme et le fair play des Irlandais, je les enjoins d’aller voir sur le blog d’Allain Jules le comportement de cette équipe face à la Géorgie. Je ne leur jette pas la pierre, c’est le sport qui veut ça. Simplement, les circonstances font de nous des héros ou des salauds. Aujourd’hui les Irlandais sont les héros, mais que seront les Français demain ?

Irlande-Géorgie sur le blog d’Allain Jules

Catégories :Sport

Micmacs à tire-larigot, déjà-vu ?

« Micmacs à tire-larigot » est le dernier film de Jean-Pierre Jeunet, où l’on retrouve en tête d’affiche Dany Boon, aux côtés de visages connus chez Jeunet (Dominique Pinon, André Dussollier), et pour compléter la distribution, Yolande Moreau, Omar Sy… Bref, beaucoup de têtes connues pour un projet de Jeunet, on commence à avoir l’habitude.

Micmacs à tire-larigot raconte l’histoire de Bazil, un garçon qui a quelques soucis avec deux sociétés d’armement de son pays, la France. La première a fabriqué la mine anti-personnel qui a tué son père, la deuxième a fabriqué la balle perdue qui lui traverse le crâne, le laissant en vie, mais sensiblement diminué, avec une balle dans la tête que les chirurgiens ne peuvent retirer.

Un peu perdu à sa sortie de l’hôpital, sans emploi, sans logement, Bazil va se retrouver à la rue et rencontrer un groupe un peu décalé, qui vit de la récup’ d’objets trouvés dans les rues de Paris. Avec eux, il va mettre au point sa revanche contre les marchands d’armes.

On retrouve dans ce film tout ce qui a fait la carrière de Jeunet, à savoir des couleurs vertes/brunes, une beauté des images parfois irréelle, une galerie de personnages décalés, et une atmosphère parfois déstabilisante. Loin de « la Cité des Enfants Perdus » néanmoins, le film est une comédie pur jus, avec un Dany Boon parfaitement à l’aise, et plutôt en retrait. Pas de jeu outrancier, pas de numéro d’acteur, la performance est agréable et le personnage s’intègre finalement très bien au sein du groupe des décalés.

Pourtant, le film n’est pas une complète réussite à mon sens, dans le sens où l’impression de déjà-vu est très forte. On a souvent l’impression de voir un joli patchwork des films précédents de Jeunet, mais avec un manque: une identité propre du film. Le scénario reste assez confus pendant une grande partie du film, le spectateur restant dans le brouillard quant à la finalité du plan envisagé par Bazil. C’est surement là pour Jeunet un moyen d’essayer de surprendre le spectateur constamment, mais le résultat manque de ligne directrice. On peut ajouter à cela la répétition un peu trop prononcée à mon goût de certains gimmicks (les mouvements de la contorsionniste, les expressions idiomatiques d’Omar Sy), qui sont amusants et définissent bien les personnages, mais semblent surtout meubler certains moments avec des mécanismes comiques qui deviennent moins efficaces à mesure que le film progresse.

Pour terminer sur une note positive, on retrouve l’imagination foisonnante de Jeunet par une multitude de petits détails qui font l’ambiance et le charme de ses films. Des machines de foire plus créatives les unes que les autres, le décalage entre notre bande de récupérateurs et le Paris contemporain, superbement filmé, et le thème de la récupération qui permet de mettre en scène l’imagination débordante de ses personnages.

Tout cela fait de Micmacs à tire-larigot un film sympathique, beau visuellement, mais qui n’atteint pas les sommets d’Amélie Poulain ou de la Cité des Enfants Perdus.

Catégories :Culture Étiquettes : ,

Les charters et l’Afghanistan, une question de principe ?

Il y a quelques jours, la France a renvoyé par charter trois ressortissants afghans dans leur pays, pourtant encore largement perturbé par les conflits qui s’y déroulent, et qui nécessitent la présence de forces armées internationales. De nombreuses associations et personnalités se sont élevées contre ce qu’ils considèrent comme un nouveau durcissement à l’égard des étrangers.

La question de l’immigration en France est une question épineuse, qu’il est impossible de résumer en une note de blog. Néanmoins, certains faits nous indiquent comment chaque parti envisage la chose, et le renvoi récent de trois Afghans dans leur pays d’origine nous renseigne sur la façon dont la droite prend en charge la mission qu’elle s’est donnée, au travers du Ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité sociale et du développement solidaire (ouf !).

Il me semble qu’au-delà de la simple question de l’immigration, le renvoi d’étrangers dans leur pays encore en guerre pose la question des limites de la capacité d’accueil de la France, et de celle des principes régissant l’accueil. C’est l’argument invoqué par les opposants à ces expulsions, la question de principe. La France est une terre d’accueil, par tradition. Mais cette tradition est fondée sur de grands principes, énoncés en partie dans le préambule de la Constitution du 27 Octobre 1946. « Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République ». Quand on sait que les Talibans en sont à trancher les mains de ceux qui osent aller voter, il est normal d’envisager de pouvoir accueillir ces gens.

Je crois qu’on peut reconnaître le caractère des gens (et des pays) aux principes qu’ils respectent, et à ceux auxquels ils sont prêts à faire des entorses. Bien sûr, il serait impossible d’accueillir l’ensemble de la population afghane terrorisée, mais il ne faut pas oublier que cet accueil doit être provisoire, et que les réfugiés de guerre n’ont pas vocation à rester sur le territoire éternellement. C’est d’ailleurs le sens de la présence européenne en Afghanistan, qui doit permettre à ces personnes de regagner leur pays le plus rapidement possible, mais en sécurité cette fois.

Si l’on venait à apprendre que l’un des trois Afghans renvoyés était mort dans un attentat, quelle serait la responsabilité de la France ? Le réfugié de guerre obéit à une logique plus impérieuse que l’immigré « économique ». Il ne s’agit pas seulement pour lui de trouver une vie meilleure, il s’agit de conserver la vie. Voilà un grand principe qui mérite d’être défendu.

Les défenseurs de ces charters (M. Besson, M. Fillon) se sont ingéniés à placer cette question dans le contexte global du débat sur l’immigration, mais les Afghans, à l’heure actuelle, restent un cas particulier, et qui devrait être traité comme tel, avec un surcroît d’humanité (qui ne semble pas être la qualité première du ministre actuel).

Catégories :Droite Étiquettes : , ,

Mary et Max : un petit bijou

Pour commencer, des petites données contextuelles.

Mary et Max est un film australien de Adam Elliot, notamment connu pour… rien d’autre.

C’est un film d’animation, dont la technique n’est pas sans rappeler les merveilleux Wallace et Gromit. Les voix des personnages ne sont en revanche pas inconnues, puisqu’on retrouve la fine fleur du cinéma australien, à savoir Toni Collette (Muriel, Little Miss Sunshine), Eric Bana (Munich, La Chute du Faucon Noir), mais aussi Philip Seymour Hoffman, auréolé récemment pour sa performance dans Truman Capote (enfin récemment, à mon échelle, pas à celle d’Hollywood).

Mary et Max raconte les échanges épistolaires d’une petite fille australienne, habitant dans une toute petite ville, et d’un homme d’une quarantaine d’années, vivant dans un building de Manhattan, sur une vingtaine d’années.

J’ai parlé de Wallace et Gromit, et il est vrai que certains points communs sont présents: la technique d’abord, mais aussi la loufoquerie. Les personnages sont cartoonesques, leurs maisons de bric et de broc. Mais la comparaison s’arrête là. Car là où Wallace et Gromit se contentent de l’humour pour nous scotcher à l’écran, Mary et Max se paye le luxe d’y ajouter de l’émotion, de la profondeur, et même parfois de la tristesse.

La vie des deux protagonistes ne se déroule pas dans un univers coloré, joyeux. Manhattan est grise, du début à la fin, tandis que l’Australie est marron, couleur qui accompagne Mary tout au long de sa vie. Ils n’ont pas d’aventures extraordinaires et farfelues, ils vivent des vraies vies de personnes normales, ponctuées de difficultés que la vie apporte parfois.

Ce qui change, c’est le regard. Car dans le regard de Max, Manhattan n’est pas grise et triste, elle est surtout difficile à comprendre. Dans le regard de Mary à 8 ans, sa famille ne part pas en lambeaux, ses parents ont simplement des hobbys un peu particuliers. Ce qui unit les deux personnages, c’est leur besoin d’avoir un ami, dont ils sont dépourvus chez eux. On ne peut s’empêcher d’éprouver de la tendresse, à la fois pour cet homme perdu dans la grande ville, et pour cette petite fille qui découvre petit à petit la vie, simplement avec ses yeux d’enfant, sans autre influence extérieure pour la guider.

Mary et Max réussit ainsi à nous faire rire, dans le décalage des points de vue par rapport aux événements extérieurs, à nous toucher, dans la manière dont les deux personnages se serrent les coudes, et deviennent amis à 12000 km de distance, et à nous émouvoir franchement, quand ces héros fragiles se heurtent aux plus dures des épreuves de la vie.

Mary et Max prend un risque: ne pas passer par différents niveaux de lecture pour délivrer son message, un classique des films d’animation, notamment chez Pixar. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça marche. Arriver à faire rire quand on pleure, et à faire pleurer quand on rit, c’est pour moi la marque des chefs d’oeuvre.

Bref, foncez, vous ne le regretterez pas.

Catégories :Culture Étiquettes : ,