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Archive for novembre 2009

Pour une défense de l’équipe de France

20 novembre 2009 3 commentaires

Le 18 Novembre dernier, la France a rencontré l’Irlande en match de barrage retour des éliminatoires de la Coupe du Monde 2010 de football (oui, je sais, c’est très long comme intitulé). A l’issue du match, elle s’est qualifiée grâce à un match nul 1-1, après sa victoire à Dublin. Ce match a été entaché d’une erreur d’arbitrage grossière de la part de l’arbitre suédois de la rencontre, qui valide un but consécutif à une main de Thierry Henry. Faut-il vouer les joueurs français aux gémonies pour autant ? Certainement pas.

La France est un pays où la critique est très présente. Nous avons la réputation d’être des râleurs, et celle-ci n’est peut-être pas usurpée. Je mettrais ça pour ma part sur le compte du perfectionnisme, et de la haute idée que la majorité des Français (à raison) ont de leur pays. Une fois encore, la critique vient de ce que la « France ne saurait se qualifier sur une injustice aussi flagrante ». Peu importe donc que des dizaines de nations aient bénéficié dans le passé des mêmes erreurs, la France ne s’abaissera pas à ce niveau. Oui, mais…

J’ai le sentiment que l’équipe de France de Raymond Domenech n’avait droit ce soir-là qu’à un seul résultat: la qualification avec panache. La défaite n’aurait surpris personne, et même en aurait contenté plus d’un, qui attendent désespérément l’éviction de M. Domenech. Ils ont leurs raisons, je ne m’étendrai pas là-dessus. Mais si l’Irlande avait bénéficié d’une erreur d’arbitrage équivalente, qu’aurait-on entendu ? Qu’un match ne se joue pas sur une action, et que l’équipe de France aurait dû se mettre à l’abri de ce genre d’erreur en allant chercher une victoire nette par plusieurs buts d’écart. Et que donc, c’était à nouveau la faute du sélectionneur. Ce que je fais est à peine hypothétique, ce genre de situation se retrouve régulièrement dans tous les championnats européens, et parfois dans des matchs internationaux. La réaction est toujours la même: l’arbitre est humain, il peut faire des erreurs, il suffit de rendre la victoire incontestable pour s’en affranchir.

Point de cela pour l’équipe de France. Au contraire, aucun pardon, aucune absolution n’est envisagée. D’aucuns ont « honte de leur pays », utilisant le terme de honte avec une certaine légèreté, et opérant au passage un glissement rapide entre l’équipe de France et leur pays tout entier. M. Attali (sommité du commentaire footballistique comme chacun sait) va jusqu’à proposer la radiation de Thierry Henry de l’équipe de France. M. Henry qui est l’un des plus grands attaquants que la France ait connu. Lui seul n’aurait pas droit à l’erreur, toute sa carrière serait oblitérée par ce mauvais geste d’un soir ? Ce qu’on peut constater surtout, c’est que le football est créateur d’émotions, et ça c’est une bonne nouvelle, car c’est l’une des vertus du sport aujourd’hui. C’est pourquoi je considérerai avec indulgence les réactions épidermiques que beaucoup ont pu avoir.

Mais si l’on essaye d’être objectif, je trouve que la France, sans avoir été brillante, mérite tout autant que l’Irlande sa qualification. On nous vante l’héroisme, le jeu exceptionnel des Irlandais. La stratégie irlandaise était claire: marquer un but, puis tenir le coup jusqu’au tirs aux buts. C’était une stratégie dangereuse, car chacun sait qu’une équipe qui ne fait que défendre se met en danger. Pourtant c’est vrai, la défense irlandaise a été irréprochable: 8 joueurs parfaitement en place, et hyper concentrés. La stratégie aurait même pu fonctionner grâce à quelques contre-attaques sans les interventions inspirées d’Hugo Lloris – je rappelle au passage que le gardien fait partie de l’équipe, ce n’est pas un élément extérieur. Un bon  gardien peut retourner le cours d’un match, et c’est ce qu’a fait Lloris le 18 au soir. Qu’il en soit éternellement  remercié – Toujours est-il que les Irlandais n’ont pas marqué ce deuxième but qui les aurait directement qualifiés.

Dernier point, révélateur pour moi de l’échec de la stratégie irlandaise. La première période des prolongations a été à sens unique, en faveur de la France. Un penalty pour moi non sifflé sur Anelka (cf la main droite de Given sur les ralentis, qui va volontairement attraper la jambe du Français lorsqu’il voit qu’il est dépassé), un but refusé pour un hors-jeu justifié, qui démontrent que l’équipe d’Irlande était cuite, crevée, et subissait les assauts répétés des Français. Leur stratégie risquée n’a pas porté ses fruits.

Comme tout le monde, je regrette que la France l’emporte ainsi. J’aurais préféré un but dans le jeu, indiscutable, ou que Lloris parachève son œuvre aux tirs aux buts. Mais je n’insulterai pas l’équipe nationale ni ne demanderai la démission de personne. Je mettrai ce match dans les cartons pour une prochaine plaidoirie en faveur de l’arbitrage vidéo, c’est tout.

Bonne chance à la France pour le prochain mondial. Il y a du boulot pour être au niveau des équipes qui nous attendent. Mais lorsque l’on soutient une équipe, c’est surtout pour l’aider à passer des caps difficiles, comme aujourd’hui. C’est maintenant qu’il faut soutenir les joueurs, leur dire que l’on croit en eux. Un supporter est là pour améliorer le moral des joueurs, pas les descendre. En 2006, personne ne nous voyait en finale, et pourtant…

PS: A tous ceux qui louent l’héroisme et le fair play des Irlandais, je les enjoins d’aller voir sur le blog d’Allain Jules le comportement de cette équipe face à la Géorgie. Je ne leur jette pas la pierre, c’est le sport qui veut ça. Simplement, les circonstances font de nous des héros ou des salauds. Aujourd’hui les Irlandais sont les héros, mais que seront les Français demain ?

Irlande-Géorgie sur le blog d’Allain Jules

Catégories :Sport

Micmacs à tire-larigot, déjà-vu ?

« Micmacs à tire-larigot » est le dernier film de Jean-Pierre Jeunet, où l’on retrouve en tête d’affiche Dany Boon, aux côtés de visages connus chez Jeunet (Dominique Pinon, André Dussollier), et pour compléter la distribution, Yolande Moreau, Omar Sy… Bref, beaucoup de têtes connues pour un projet de Jeunet, on commence à avoir l’habitude.

Micmacs à tire-larigot raconte l’histoire de Bazil, un garçon qui a quelques soucis avec deux sociétés d’armement de son pays, la France. La première a fabriqué la mine anti-personnel qui a tué son père, la deuxième a fabriqué la balle perdue qui lui traverse le crâne, le laissant en vie, mais sensiblement diminué, avec une balle dans la tête que les chirurgiens ne peuvent retirer.

Un peu perdu à sa sortie de l’hôpital, sans emploi, sans logement, Bazil va se retrouver à la rue et rencontrer un groupe un peu décalé, qui vit de la récup’ d’objets trouvés dans les rues de Paris. Avec eux, il va mettre au point sa revanche contre les marchands d’armes.

On retrouve dans ce film tout ce qui a fait la carrière de Jeunet, à savoir des couleurs vertes/brunes, une beauté des images parfois irréelle, une galerie de personnages décalés, et une atmosphère parfois déstabilisante. Loin de « la Cité des Enfants Perdus » néanmoins, le film est une comédie pur jus, avec un Dany Boon parfaitement à l’aise, et plutôt en retrait. Pas de jeu outrancier, pas de numéro d’acteur, la performance est agréable et le personnage s’intègre finalement très bien au sein du groupe des décalés.

Pourtant, le film n’est pas une complète réussite à mon sens, dans le sens où l’impression de déjà-vu est très forte. On a souvent l’impression de voir un joli patchwork des films précédents de Jeunet, mais avec un manque: une identité propre du film. Le scénario reste assez confus pendant une grande partie du film, le spectateur restant dans le brouillard quant à la finalité du plan envisagé par Bazil. C’est surement là pour Jeunet un moyen d’essayer de surprendre le spectateur constamment, mais le résultat manque de ligne directrice. On peut ajouter à cela la répétition un peu trop prononcée à mon goût de certains gimmicks (les mouvements de la contorsionniste, les expressions idiomatiques d’Omar Sy), qui sont amusants et définissent bien les personnages, mais semblent surtout meubler certains moments avec des mécanismes comiques qui deviennent moins efficaces à mesure que le film progresse.

Pour terminer sur une note positive, on retrouve l’imagination foisonnante de Jeunet par une multitude de petits détails qui font l’ambiance et le charme de ses films. Des machines de foire plus créatives les unes que les autres, le décalage entre notre bande de récupérateurs et le Paris contemporain, superbement filmé, et le thème de la récupération qui permet de mettre en scène l’imagination débordante de ses personnages.

Tout cela fait de Micmacs à tire-larigot un film sympathique, beau visuellement, mais qui n’atteint pas les sommets d’Amélie Poulain ou de la Cité des Enfants Perdus.

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